Affichage environnemental : à J-30, combien de marques textiles affichent déjà un coût environnemental ?

Le 1er octobre 2026, la période transitoire de l'affichage environnemental des vêtements, créé par le décret n° 2025-957, prend fin. Afficher le « coût environnemental », un score en points calculé selon la méthode publique Ecobalyse, reste volontaire. Mais deux choses changent à cette date : toute marque qui communique un score environnemental sur un vêtement devra aussi afficher le coût environnemental officiel (article D. 541-245 du code de l'environnement), et n'importe quel tiers pourra calculer et publier le score d'une marque sans son accord (article D. 541-244). À trente jours de cette échéance, nous avons voulu mesurer une chose simple : combien de marques affichent déjà ce score, en ligne, sur leurs propres pages ?

La méthode : un robot, 150 marques, deux pages chacune

Nous avons constitué un échantillon de 150 marques de textile, d'habillement et de chaussure vendant en France, des grandes enseignes aux marques nées en ligne, en passant par le premium, le luxe, le sport, l'enfant et la lingerie. Le 2 septembre, un script a visité la page d'accueil de chacune, puis une page produit lorsqu'un lien standard permettait d'en trouver une, et a cherché dans le code de ces pages une poignée d'expressions sans ambiguïté : « coût environnemental », « Ecobalyse », « affichage environnemental », un score en points au voisinage du mot « environnement », mais aussi « passeport numérique », « QR code » et « traçabilité ».

Cette approche a une vertu, la reproductibilité, et une limite qu'il faut dire d'emblée : elle ne voit que ce qui est écrit dans le HTML. Un score injecté par un module JavaScript après le chargement lui échappe. Elle ne teste par ailleurs qu'une seule page produit par marque. Les chiffres qui suivent sont donc un plancher, pas un plafond.

Le résultat : une marque sur 150

Sur les 150 sites, 38 (25 %) refusent purement et simplement la visite d'un robot identifié, dont la plupart des géants de la mode accessible, de la grande distribution et du luxe. Nous ne pouvons rien dire de ce qu'ils affichent.

Sur les 112 sites réellement analysés, une seule marque fait apparaître le coût environnemental dans ses pages : Des Petits Hauts. La marque parisienne explique afficher depuis mai 2025 le score de chacun de ses vêtements sur ses fiches produit et, en boutique, via un QR code sur l'étiquette. Une deuxième, Promod, consacre une page entière à l'affichage environnemental, y décrit le score global et le score pour 100 grammes, et indique les présenter sur la majorité de ses fiches produit ainsi qu'en magasin ; son score n'apparaissait toutefois pas dans le code de la page d'accueil, seule page que notre robot a pu lire.

Aucune des 110 autres marques accessibles ne mentionne « coût environnemental », « Ecobalyse » ou un score en points sur les pages testées. Le mot « passeport numérique », lui, n'apparaît nulle part. En clair : 98 % des sites analysés sont silencieux sur le sujet à un mois de la date.

Les briques amont existent, le score manque

Le tableau n'est pourtant pas celui d'un secteur immobile. Près d'une marque analysée sur trois (33 sur 112, soit 29 %) parle de traçabilité sur ses pages ; c'est le cas de Sézane, BonneGueule, Noyoco, Le Slip Français ou Picture Organic Clothing, mais aussi de maisons plus classiques comme A.P.C., Maje ou Le Coq Sportif. Dix marques évoquent un QR code, et 44 % publient des données structurées produit (JSON-LD), le socle technique sur lequel un score peut venir se greffer.

Autrement dit, beaucoup de marques ont déjà les matières premières de l'affichage environnemental : origine des matières, lieux de confection, code sur l'étiquette. Ce qui manque, c'est le dernier maillon : le calcul du score et sa publication, produit par produit, là où le client la verra.

Ce que dit ce silence

Trois lectures sont possibles, et elles ne s'excluent pas. La première est celle du calendrier : beaucoup d'enseignes ont sans doute prévu de basculer le score au dernier moment, en même temps que la mise à jour des étiquettes. La deuxième est technique : afficher un score fiable suppose de disposer, pour chaque référence, d'une composition, d'un pays de tissage et de confection, d'une masse, autant de données que les systèmes d'information de la mode ne centralisent pas toujours. La troisième est stratégique : certaines marques préfèrent attendre de voir comment leurs concurrents traitent des scores parfois peu flatteurs.

Quelle que soit l'explication, le constat reste : à J-30, la quasi-totalité des marques que nous avons pu observer n'affiche rien. Celles qui ont pris de l'avance, Des Petits Hauts et Promod en tête, montrent que l'exercice est faisable, y compris pour une marque de taille moyenne, et qu'il s'articule naturellement avec le QR code et la traçabilité déjà en place.

Nous referons tourner le même script le 1er octobre, puis un mois plus tard, avec la même liste et la même méthode. La question ne sera plus « qui affiche déjà ? » mais « qui affiche encore un silence ? ».

Mise à jour du 4 septembre : déclaré n'est pas affiché

Un lecteur nous a rappelé une source que notre robot ne lit pas : le registre officiel de l'affichage environnemental, où les marques déclarent leurs scores. Nous l'avons croisé avec notre liste. Sur les 150 marques du relevé, 38 y sont inscrites, et 22 y ont déclaré des références, de 4 à plus de 17 000 pour Kiabi. Parmi elles, 14 avaient été classées « silence » par notre robot (chiffre corrigé le 10 octobre après recomptage des données brutes ; nous avions écrit 21, qui comptait aussi les sites inaccessibles et Promod), dont Le Slip Français, Sessùn, Maje, Cyrillus, American Vintage ou Picture Organic Clothing. Faguo, dont le site bloque les robots, y a déclaré 370 références.

Cela ne change pas ce que le robot a vu, mais cela précise ce qu'il mesure : le score est calculé et déclaré par bien plus de marques qu'il n'est visible dans le code de leurs pages, où il arrive souvent par un module chargé après coup, ou seulement en boutique. À l'échelle du marché, le registre compte 409 marques et près de 72 000 références. L'édition du 1er octobre mesurera les deux choses séparément : ce qui est déclaré, et ce que le client voit.

Méthodologie, liste des 150 marques et données brutes disponibles sur demande. Baromètre réalisé par Prova, éditeur d'une solution de passeport numérique produit pour les marques textiles. Pour calculer le score d'un de vos vêtements en deux minutes : le simulateur gratuit de coût environnemental.

Textes de référence

Piles de vêtements triés par couleur, devant des fibres effilochées

Calculez le coût environnemental d’un vêtement

Le simulateur gratuit applique la méthode Ecobalyse de l’ADEME à partir du type, du poids, de la composition et du pays.

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